J'ai des doutes

Définition de l'agression sexuelle

Le Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Montréal adhère à la définition de l’agression sexuelle proposée dans les Orientations gouvernementales en matière d’agression sexuelle

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« Une agression sexuelle est un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée ou, dans certains cas, notamment dans celui des enfants, par une manipulation affective ou par du chantage. Il s’agit d’un acte visant à assujettir une autre personne à ses propres désirs par un abus de pouvoir, par l’utilisation de la force ou de la contrainte, ou sous la menace implicite ou explicite. Une agression sexuelle porte atteinte aux droits fondamentaux, notamment à l’intégrité physique et psychologique et à la sécurité de la personne. » (Gouvernement du Québec, 2001)


«J'ai des doutes, ai-je vraiment subi une agression sexuelle ?»

De nombreux mythes et préjugés véhiculés dans la société ont des conséquences négatives sur les victimes et leurs proches.  De façon générale, ces mythes normalisent la violence, minimisent la gravité des gestes commis et maintiennent les victimes dans le silence. 

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Trop souvent, ces faussent croyances sèment le doute dans l’esprit des victimes et renforcent l’image négative qu’elles peuvent avoir d’elles-mêmes après l’agression sexuelle.  Il importe donc ici de rétablir certains faits afin de mieux soutenir les victimes dans leur processus de guérison.  


«J'ai toujours pensé que si ça m'arrivait un jour, je serais paniquée et complètement désorganisée.»

MYTHE
On croit souvent à tort que les victimes doivent être en état de panique après une agression sexuelle. Le calme apparent d’une victime amène parfois son entourage à douter de l’agression sexuelle.

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RÉALITÉ
Les personnes qui ont vécu une agression sexuelle ne réagissent pas toutes de la même façon. De nombreuses victimes sont trop effrayées pour se défendre.  Elles peuvent figées ou réaliser que résister peut être dangereux.  Après l’agression, elles peuvent également avoir du mal à réaliser ce qui vient de leur arriver.  Les réactions des victimes peuvent être influencées par divers facteurs : l’âge au moment de l’agression, la fréquence et la durée des agressions sexuelles, le lien entre la victime et l’agresseur, la nature des gestes posés, le contexte de l’agression sexuelle (menaces, violence, peur de mourir), les réactions des personnes de l’entourage au moment du dévoilement et les ressources personnelles de la victime. (Orientations gouvernementales en matière d’agression sexuelle, 2001)

Au Québec, près de 80% des victimes connaissent leur agresseur.  Les proches auront tendances à utiliser  davantage des moyens de pression psychologiques plutôt que la force physique ce qui amène souvent les victimes à remettre en question l’agression.   Rappelons que malgré  l’absence de violence physique ou de blessure, il s’agit toujours d’un acte de violence auquel la victime n’a pas consenti.


«Qu'est-ce que j’ai bien pu faire pour le provoquer ? J'ai sûrement dit ou fait quelque chose.»

MYTHE
Les victimes d’agressions sexuelles ont provoqué l’agresseur. 

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RÉALITÉ
Seul l’agresseur est responsable de l’agression.  Que ce soit par ses comportements ou sa tenue vestimentaire, une victime ne demande jamais à être agressée.  Il n’est donc pas aidant pour elle de discuter de ce qu’elle aurait pu faire pour éviter l’agression, cet exercice ne fait que renforcer le mythe qui suppose qu’elle ait pu faire quelque chose pour provoquer son agresseur.  


«Je n'arrive pas à me souvenir des événements, j'avais trop bu.»

« Si je ne me souviens pas de tous  les détails,  personne ne va me prendre au sérieux. »

MYTHE

On présume qu’une personne est responsable de ses actes après avoir volontairement consommé de l’alcool ou de la drogue. On suppose également qu’une personne devrait se souvenir des détails d’un événement aussi traumatisant. On croit parfois que les femmes portent plainte sans raison ou par vengeance.

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RÉALITÉ

Environ 25 % des femmes soutiennent que les drogues ont joué un rôle dans un viol (Weir, 2001; McPherson, 2004)(www.masexualite.ca). Le fait que la victime ingère de la drogue ou de l'alcool volontairement ou qu'on lui administre la drogue sans son consentement ne fait aucune différence (www.masexualite.ca). 

Le choc, la peur, la honte et la détresse peuvent affecter la mémoire.  De plus, plusieurs survivantes et survivants ont tendances à refouler leurs souvenirs ou à minimiser ce qui leur est arrivé afin de mieux vivre avec les événements.

Le pourcentage de fausses accusations en rapport avec tous les crimes est de 2%, et aucune raison ne permet de conclure à un plus fort taux en matière d’agression sexuelle.  Ce préjugé, fortement véhiculé, a comme impact de mettre en doute la parole de la victime et de donner plus de pouvoir au présumé agresseur. (RQCALACS)


«C'est mon conjoint, ce n'est pas si grave. C'est normal que je doive répondre à ses besoins.»

MYTHE

Si une personne a déjà consenti à une relation sexuelle avec l’agresseur, par exemple, son copain, son mari, une connaissance ou même un client, il est normal qu’il ait pris le consentement pour acquis.

Si la victime a consenti aux rapports sexuels, il vient un moment où elle ne peut plus retirer son consentement.

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RÉALITÉ

  • Plusieurs dispositions du Code criminel encadrent la notion de consentement soit les articles 150.1(1), 153.1(2), 265(3), 273.1 et 273.2. Il y a agression sexuelle lorsqu’une personne est forcée à une activité sexuelle à laquelle elle n’a pas consenti peu importe qu’elle y ait déjà consenti auparavant.  Il revient au partenaire qui prend l`initiative de l`activité sexuelle de s`assurer que l`autre personne y consent.  Avant de poser un geste de nature sexuelle à l`égard d`une autre personne, il faut donc prendre des « mesures raisonnables » pour s'assurer que la personne y consent. La loi ne définit pas ce que sont les « mesures raisonnables ». Il s`agit donc d`une question de circonstances. Toutefois, le fait de demander verbalement à la personne si elle accepte de participer à une activité sexuelle est considéré, dans la plupart des cas, comme une mesure raisonnable pour s`assurer de son consentement.  Rappelons qu’une personne ne peut donner son consentement si l`une des personnes est en position d`autorité, a recours à des menaces, à la force ou à une fraude pour l`obtenir.
  • Si une personne ne prend aucune « mesure raisonnable » pour vérifier le consentement, elle prend la chance que son partenaire ne consente pas et que son geste soit qualifié d`agression. (…) En cas d`accusation, il est impossible pour un accusé de prétendre au consentement de son partenaire s`il s`est volontairement fermé les yeux sur cette question. (Educaloi)
  • Il est toujours possible de retirer son consentement si on ne désire plus participer à une activité sexuelle.
  • Le consentement n`est pas valable s`il est donné par une personne âgée de moins de 16 ans ou en situation de dépendance. 

 


«On va probablement me dire que je pouvais me défendre ou croire que je suis gai.»

MYTHE

Les garçons et les hommes ne peuvent pas être des victimes car la société dit que les hommes sont capables de se défendre. Un homme qui se fait agresser par un autre homme doit être homosexuel puisqu’il a attiré un homme. 

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RÉALITÉ

  • C’est seulement au cours des années 1980 qu’on a reconnu que des garçons étaient aussi victimes d’agressions sexuelles. Pourtant, un garçon sur six est victime d’agression à caractère sexuel avant l’âge de 18 ans et un homme sur trois affirme avoir subi des contacts sexuels non désirés durant sa vie. (Dorais, 1997) 
  • Le sexe de l’agresseur ne détermine pas l’orientation sexuelle de la victime. 
  • Les hommes qui agressent sexuellement des hommes et des jeunes garçons tout comme ceux qui agressent des femmes et de jeunes filles sont majoritairement hétérosexuelle. L’homophobie renforce toutefois le silence des hommes et des garçons  parce qu’ils craignent d’être traités d’homosexuels s’ils dévoilent qu’ils ont été agressés par un homme.

«J'ai fait confiance à un fou, comment ai-je pu me faire avoir?»

MYTHE

Les agresseurs sexuels sont des prédateurs sexuels souffrant de troubles mentaux.

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RÉALITÉ

Les agressions sexuelles ne sont pas commises par des hommes qui ont des problèmes de santé mentale. En fait, même s’ils sont plus susceptibles de présenter un ensemble de difficultés personnelles et relationnelles qui inclut des problèmes de santé mentale comme la dépression, un problème d’anxiété ou un trouble de personnalité, la majorité des délinquants sexuels fonctionnent normalement en société.  Il s'agit, la plupart du temps, d`une personne ayant une bonne santé mentale qui fonctionne parfaitement en société.  Ils peuvent même être très charmants et bien connus dans leur communauté.  (Trousse média, Institut national de santé publique.)


«Si ma mère avait répondu aux besoins sexuels de mon père, il ne m'aurait jamais agressée.»

MYTHE

Si les parents avaient une vie sexuelle normale, le père ne commettrait pas l’inceste envers sa fille.

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RÉALITÉ

Le fait de questionner la vie sexuelle du couple fait porter la responsabilité à la mère.  On suppose ici que les femmes sont responsables de satisfaire les désirs sexuels des hommes. Toute personne est responsable de sa propre sexualité et la vie sexuelle des parents n’a donc aucun rapport avec l’inceste. D’ailleurs, les études démontrent que la majorité des pères incestueux continue d’avoir des relations sexuelles avec leur conjointe.  (Source : Macdonald, 2001 : L’abus sexuel des enfants en Europe Ed. Conseil de l’Europe p 27.)


«J'ai provoqué mon père.»

MYTHE

Certains enfants séduisent les adultes et initient les activités sexuelles. 

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RÉALITÉ

L'expression de comportements sexuels adultes chez un enfant peut indiquer que l'enfant a été victime d`agression sexuelle mais ne devrait jamais servir à justifier l’agression sexuelle.   Seul l’adulte est responsable des gestes qu’il a commis. Les enfants sont en droit de s’attendre à être traités correctement par les adultes qui les entourent et ce, peu importe leur comportement.

Le mythe de l’enfant qui a initié le rapport sexuel est encore plus présent dans les cas où une femme a agressé sexuellement un garçon ou un adolescent.  On véhicule l'idée que le jeune garçon est privilégié d’être initié à la sexualité par une femme adulte.  Pourtant, il s'agit d’une agression sexuelle même si la victime a éprouvé du plaisir.  L`agression sexuelle est un acte de violence qui aura des conséquences négatives à long terme sur la victime, fille ou garçon. 


SOURCES

The Sexual Assault Prevention and Awareness Center of the University of Michigan, www.sapac.umich.edu/article/52

University of Toronto, www.askfirst.utoronto.ca

Ontario Coalition of Rape Crisis Centres, www.sexualassaultsupport.ca

CAVAC, www.cavac.qc.ca/documentation/pdf/hommes-victimes.pdf

Ma sexualité, www.masexualite.ca

Éducaloi, www.educaloi.qc.ca/capsules/activite-sexuelle-sassurer-que-le-partenaire-consent

Institut national de santé publique, Québec www.inspq.qc.ca/agressionsexuelle

Regroupement québécois des CALACS, http://www.rqcalacs.qc.ca

Association canadienne des centres contre les agressions à caractère sexuel

Dorais, Michel. (2008) Ça arrive aussi aux garçons. L’abus sexuel au masculin. (2e édition) Montréal. Typo éditeur.